Biographie

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

Née à Douai le 20 juin 1786 dans une famille d’artisans bientôt ruinée, Marceline Desbordes a connu, pendant la période révolutionnaire, une enfance bouleversée par des drames familiaux. Ceci ne l’empêchera pas d’évoquer plus tard dans ses poèmes l’enfance au pays natal comme un « éden éphémère » auquel elle aspire toute sa vie à retourner.
Sa mère quitte la maison conjugale pour rejoindre son amant, emmenant avec elle Marceline, sa plus jeune fille, qui n’a alors que dix ans, et la fait précocement entrer au théâtre. C’est le début d’une vie incertaine, parfois proche de la misère, et d’une errance de ville en ville.
En 1801, les deux femmes s’embarquent pour la Guadeloupe, semble-t-il à la recherche d’un parent et d’une hypothétique fortune. Elles arrivent en pleine épidémie de fièvre jaune et pendant l’insurrection contre le rétablissement de l’esclavage. Catherine Desbordes meurt de la fièvre jaune, la très jeune fille rentre bientôt seule en France, non sans dangers. Marquée par cette expérience, Marceline Desbordes-Valmore conservera toute sa vie l’angoisse obsédante de la perte et de la séparation, qui marque ses poèmes, mais aussi une indignation souvent exprimée contre l’esclavage sous toutes ses formes.
À son retour, en 1802, elle reprend le métier d’actrice qu’elle va exercer avec succès pendant vingt ans, avec quelques interruptions, à l’Opéra-Comique, à l’Odéon, à Bruxelles. De relations amoureuses éphémères naissent deux enfants illégitimes, qui vivent peu. La mort du petit Marie-Eugène, à l’âge de cinq ans, en 1816, est un déchirement dont elle ose parler dans ses vers.
Elle rencontre en 1817 au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, le tragédien Prosper Valmore, qu’elle épouse et dont elle a quatre enfants, Junie (morte à trois semaines), Hippolyte, Hyacinthe (Ondine) et Inès.
Le couple s’installe à Paris où Marceline fait la connaissance grâce à son oncle, le peintre Constant Desbordes, de Hyacinthe de Latouche, écrivain romantique qui la conseille dans ses débuts littéraires, et devient son amant. Cet amour passionné laisse des échos dans toute l’œuvre, bien après la séparation, et jusqu’aux derniers vers.
Le premier poème connu de Marceline Desbordes est une romance, « Le Billet ». À partir de 1813, elle publie régulièrement dans des keepsakes et des périodiques. Son premier recueil, Élégies, Marie et Romances, signé du nom de Desbordes, paraît en 1819, un peu avant les Méditations de Lamartine, livre généralement considéré comme marquant le renouveau du lyrisme romantique en France. Ce premier recueil est suivi en 1820 des Veillées des Antilles et des Poésies de Mme Desbordes-Valmore, chez le même éditeur. Plusieurs éditions modifiées et augmentées (1822, 1825, 1830) vont ensuite asseoir son renom poétique. Des élégies amoureuses, des romances, des fables, des poèmes sur l’enfance y font entendre une voix qui touche directement les contemporains – les mises en musique sont nombreuses – et inventent des façons de dire libres et singulières. Bien des poètes viendront y puiser par la suite, de Verlaine à Aragon.
Appréciée, Marceline Desbordes-Valmore entretient de nombreux liens avec le monde littéraire et théâtral. Mais elle pâtit dans sa carrière de nombreux soucis familiaux et financiers, et de son fréquent éloignement de Paris. Le métier d’acteur de son mari impose en effet des installations répétées en province, notamment à Bordeaux (1823-1827), où elle cesse de monter sur scène ; et à Lyon (1821-1823, puis 1827-1832, et 1834-1837). C’est là qu’elle assiste aux insurrections des Canuts, seul poète à prendre publiquement la parole pour dénoncer la répression de la seconde, en des vers bouleversants.
Victime de la désaffection générale dont souffrent à partir des années 1840 les poètes romantiques, et plus encore les femmes parmi eux, elle trouve désormais plus difficilement à publier ses livres. Après Les Pleurs (1833), Pauvres Fleurs (1839), Bouquets et prières, (1843), elle continue à écrire, malgré une vie assombrie par les soucis matériels et les deuils (elle perd sa fille Inès en 1846, Ondine en 1853). Atteinte d’un cancer, elle meurt en 1859. C’est à titre posthume, à Genève, que paraît son dernier livre de poèmes, qu’elle a pu revoir avec l’aide de son mari et de son fils, sous le titre de Poésies inédites. Il s’ouvre sur Une lettre de femme (« Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire,/ J’écris pourtant, »), et contient les deux poèmes en vers de onze syllabes (La Fileuse et l’enfant, Rêve intermittent d’une nuit triste) sur lesquels Verlaine attirera l’attention dans Les Poètes maudits.
Marceline Desbordes-Valmore a écrit aussi des romans, notamment L’Atelier d’un peintre (1833), des nouvelles et contes en prose, auxquels on s’intéresse aujourd’hui. Mais c’est avant tout comme poète que l’ont saluée Baudelaire, Mallarmé, Rilke, Aragon, Yves Bonnefoy…