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Marceline Desbordes-Valmore : une poète naturelle ?

Héloïse Metzlé a soutenu, sous la direction de Madame Sarah Nancy à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, un mémoire de Master 1 intitulé « Enjeux du naturel dans l’ethos poétique de Marceline Desbordes-Valmore ». Elle en présente ici le sujet et les principales conclusions.

Les premiers critiques et admirateurs de Marceline Desbordes-Valmore, Sainte-Beuve et Baudelaire, l’ont décrite comme une femme poète naturelle et spontanée, douée d’une capacité créatrice souvent indépendante de la réflexion. J’ai voulu interroger ce portrait, avec d’autant plus de curiosité que la facilité dans l’usage de la langue et l’immédiateté de l’expression sont des caractéristiques qu’on attribuait déjà aux femmes au XVIIe siècle. Le terme de « naturel » revenait à maintes reprises pour décrire leur « style ». 

En me demandant comment ce lien ancien entre les femmes et le « naturel » surgissait encore sous la plume de Sainte-Beuve et Baudelaire au XIXe siècle, j’ai dû étudier les évolutions sémantiques de ce mot et de son association avec les femmes. Il fallait aussi rendre compte des contradictions que cela supposait : au moment même où l’on vantait la facilité qu’ont les femmes de s’exprimer naturellement, on déplorait leur penchant intrinsèque pour l’artifice. En étudiant cette évolution, il m’a semblé que le terme de « naturel » associé aux femmes les ramenait de plus en plus au physique et au corporel, alors qu’au XVIIe siècle il désignait une pratique langagière. 

Ce système de valeurs entre pour beaucoup dans la description de Marceline Desbordes-Valmore poète ; Christine Planté montre les limites d’une telle image (qui a pourtant longtemps eu cours) dans son article « L’art sans art de Marceline Desbordes-Valmore1 ».

Dans le peu d’écrits que Desbordes-Valmore a laissé sur sa pratique et dans ses poèmes, emboîtant le pas d’autres chercheuses comme Sonia Assa dans son article « Je n’ai pas eu le temps de consulter un livre : les lectures de Marceline Desbordes-Valmore2, » j’ai cherché à mieux comprendre l’image qu’elle voulait renvoyer d’elle-même en interrogeant l’angle du naturel. 

Marceline Desbordes-Valmore se défendait de rien savoir et d’avoir rien lu ; or, c’est apparemment déjà la ligne de conduite de certaines femmes qui écrivent au XVIIe siècle. Myriam Maître parle d’un « ethos féminin » fondé sur le naturel3. Le terme d’ethos renvoie à la rhétorique classique : il s’agit pour l’orateur de construire dans son discours une image convaincante de lui-même mettant en valeur des qualités morales. Appliqué au cas de Marceline Desbordes-Valmore, il désigne par extension l’image de soi construite dans et par le discours.

J’ai émis l’hypothèse que l’ethos féminin naturel n’était pas étranger à Marceline Desbordes-Valmore et je me suis demandé quels éléments de son discours pouvaient renforcer cette idée. Ainsi, les affirmations d’ignorance, de création spontanée et notamment l’insistance sur la poésie née du chant (Sarah Nancy4 a montré comment la voix et le chant sont de plus en plus associés à l’image d’un féminin naturel au XVIIe siècle en France, avec l’héritage du couple aristotélicien de la phonê (voix, cri) féminin opposée au logos (langage articulé, discours) masculin m’ont semblé aller dans ce sens. Je n’oserais pas affirmer que ces processus se limitent à une stratégie : dans ce travail, j’ai cherché à montrer leur caractère parfois construit et ce qu’ils apportent à la création poétique. 

Héloïse Metzlé, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

1 PLANTÉ Christine, « L’art sans art de Marceline Desbordes-Valmore », Europe, n°697, 1987.

2 ASSA Sonia, « Je n’ai pas eu le temps de consulter un livre, les lectures de Marceline Desbordes-Valmore », Women in french studies, Special Issue 2012, p.85-107, https://muse-jhu-edu.ezproxy.univ-paris3.fr/article/501842

3 MAÎTRE Myriam, « Les « belles » et les « Belles-Lettres » : femmes, instances du féminin et nouvelles configurations du savoir », in Le savoir au XVIIème siècle, actes du 34ème congrès annuel de la North American Society for Seventeenth Century French Literature, mars 2002 en Virginie, édités par John Lyons et Cara Welsh, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 2003.

4 NANCY Sarah, La voix féminine et le plaisir de l’écoute en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Classiques Garnier, 2012.

L’affaire du portrait

Qui voit-on ?

Comme l’écrit très justement Pierre-Jacques Lamblin, c’est Boyer d’Agen1 qui trouve ce portrait au printemps 1923 dans la boutique d’un modeste bouquiniste, au fond de Neuilly où elle restait accrochée à son clou et propose de reconnaître Marceline Desbordes-Valmore, dont il était un fervent admirateur, en la femme représentée. Il trouve en effet le visage du tableau très proche d’un portrait de la poète, sculpté en 1843 par Carl Elshoecht (1797-1856), qu’Auguste Dorchain (1857-1930) venait justement d’offrir cette même année 1923 au musée de Douai (inv. A.6268)2.

Pierre-Jacques Lamblin trouve que cette ressemblance, sans être absurde, n’est pas convaincante : je ne suis pas d’accord avec lui, mais je laisse le lecteur juge !

Marceline Desbordes-Valmore ou une autre femme ?

Selon mon éminent collègue, il ne s’agit pas de Marceline Desbordes-Valmore, car il est difficile de rapprocher la physionomie de cette dernière, qui avait une cinquantaine d’années dans les années 1840, du visage de la femme peinte ici, qui en paraît quinze de moins – et dont la coiffure et la robe sont à rapprocher de la mode de la toute fin des années 1830 et du début des années 1840.

Je peux comprendre ces doutes, car certains traits du modèle présentent quelques dissemblances avec ceux de Marceline, visibles dans d’autres œuvres : l’ovale pur du visage et la ligne délicatement recourbée du nez fin représentés ici ne se retrouvent pas dans les photographies de Nadar3, où l’on constate qu’elle était dotée d’une mâchoire plus carrée et d’un long nez busqué plus épais. La chevelure noire n’évoque pas celle, châtain4, de la poète. Enfin, la présence du piano est intrigante : bonne musicienne, c’est cependant à la guitare que Marceline Desbordes-Valmore s’accompagnait pour chanter.

Selon moi, il s’agit pourtant bien de cette dernière sur ce portrait, même si elle pourrait y être représentée de manière idéalisée5 ; car lorsque l’on s’intéresse à la manière dont elle a été portraiturée de son vivant, il est frappant de constater combien ses portraits donnent à voir une physionomie changeante, mobile, assez différente parfois d’une œuvre à l’autre. C’est sans doute la raison pour laquelle même les personnes qui admiraient profondément son œuvre se sont parfois trompées, en lui attribuant un visage qui n’était pas le sien6. Plusieurs éléments plaident ici, de mon point de vue, pour une identification à Marceline : les cernes, la forme des grands yeux noirs en amande et de l’arcade sourcilière, la bouche, le long nez, se retrouvent tant sur ses portraits de jeunesse que sur les photographies de Nadar7. Dans la décennie 1830-1840, ses portraits témoignent d’une physionomie encore jeune, aux rides et ombres du visage plus ou moins marquées – dans ce dernier cas, sans doute en vue de rajeunir volontairement la poète8. Un dessin anonyme, enfin, entré en 1927 dans les collections du musée de Douai comme un portrait de Marceline Desbordes-Valmore (inv. 2205)) et datable des années 1840, présente une extraordinaire ressemblance avec le portrait qui nous occupe présentement. Cette étude gagnerait à être complétée par une analyse plus poussée des costumes portés par la femme représentée dans les deux cas, afin de dater le plus précisément possible ces deux œuvres. Enfin, certaines des lettres de Marceline Desbordes-Valmore attestent de la présence d’un piano dans son intérieur, dont ses filles Ondine et Inès jouaient.

Je ne suis donc pas d’accord avec Pierre-Jacques Lamblin lorsqu’il remet en cause l’identification du sujet, mais je serais tentée de le suivre sur d’autres points…

 

Qui a peint cette œuvre ?

Dans le même temps qu’il propose de voir Marceline Desbordes-Valmore sur ce portrait retrouvé par hasard, Boyer d’Agen en attribue la réalisation à Hilaire Ledru, contemporain de l’oncle de Marceline Desbordes-Valmore, Constant Desbordes (1761-1828). Ces deux peintres s’étaient par ailleurs très bien connus : si l’on en croit le récit de L’Atelier d’un peintre, ils auraient notamment aimé la même femme, Marianne Durand, que Ledru épousa finalement au grand désespoir de Constant… La parution de ce roman en 1833 permet au vieil Hilaire de renouer avec Marceline Desbordes-Valmore9, et, toujours selon Boyer d’Agen, les liens entre les deux artistes s’étant développés par la suite, Ledru aurait repris à l’huile, entre février et avril 1840, un portrait de la poète précédemment dessiné au crayon, réalisé entre janvier et février de la même année, pour l’offrir à son mari, Prosper Valmore10.

Le problème de l’attribution à Ledru

Je suis tentée de rejoindre Pierre-Jacques Lamblin quant à ses questions sur cette attribution du tableau à Hilaire Ledru – que je n’ai pourtant pas remise en cause dans mon précédent écrit sur la question11.

Premièrement, l’œuvre n’est pas signée, or, en l’état actuel de mes connaissances, la plupart des tableaux recensés de Ledru portent sa signature.

D’autre part, comme le souligne avec sagacité Pierre-Jacques dans son article (J’écris pourtant, n°3), le seul portrait de cet artiste mentionné par la correspondance de Marceline est effectué au crayon au début de l’année 1840, et il est difficile de croire en sa réalisation à l’huile, en quelques mois, de la part d’un vieil homme souffrant. J’ajouterais toutefois que, si l’exercice paraît en effet difficile, il n’est pas impossible non plus…

Seule une comparaison poussée avec d’autres œuvres de la main de Ledru permettrait de voir si le style et la touche employés ici peuvent être rapprochés de ses tableaux, et aiderait à confirmer ou infirmer l’attribution de notre portrait à cet artiste. D’autre part, cela permettrait peut-être de résoudre la question de l’attribution du seul portrait au crayon représentant Marceline Desbordes-Valmore, datable des années 1840, actuellement anonyme et conservé au musée de Douai, qu’il serait tentant d’attribuer à Ledru, justement…

Alors, qui ?

Si ce n’est ce dernier qui a peint le tableau dont il est ici question, alors, qui ?

Première hypothèse : Eugénie Tripier-Lefranc (1805-1872), dont la correspondance de Marceline Desbordes-Valmore mentionne qui un portrait de la poète réalisé en 183512, mais aujourd’hui non localisé. Pierre-Jacques Lamblin est tenté de faire le lien entre ce dernier et le tableau dont il est ici question. Je suis plutôt réservée : il faudrait mener une comparaison stylistique pour comparer les touches employées, mais le style de la tenue et de la coiffure portées par Marceline Desbordes-Valmore dans le portrait qui nous occupe ici me parait postérieur à 1835.

Seconde hypothèse : Isidore Péan du Pavillon (1790-1856). La lecture de la correspondance de la poète permet de savoir qu’un peintre réalise un portrait d’elle en juin 1840, sur lequel nous n’avons pas plus de précision que ce qui suit : (…) Un peintre qui me cloue quatre et cinq heures pour te faire une mère verte et giroflée. Comme c’est avec une profonde innocence et qu’il croit me faire jolie, je le lui pardonne, mais je grelotte dans la chambre dite Hippolyte-Édouard. (…)13. Pierre-Jacques Lamblin m’indique qu’en note d’une autre copie de cette lettre, Hippolyte Valmore précise : Peut-être un élève de David, le peintre Dupavillon14, puis que, dans d’autres lettres à son mari en 1840, Marceline Desbordes-Valmore écrit (…) l’assassin Dupavillon m’a mangé deux grandes heures15 ou Il y a des jours d’abattement invincible, cher ami. J’en ai de ceux-là qui semblent être à côté de la vie. Je souffre alors d’une manière inexprimable pour remplir les moindres devoirs. Je donnerais de mon sang pour qu’on me laissât végéter, comme une pomme de terre. Juge, quand Dupavillon entre là-dessus ! et qu’il faut que je sorte. C’est comme cela.16

Pierre-Jacques Lamblin me propose donc de voir en notre tableau celui qui est mentionné ci-dessus – ce qui paraît vraisemblable vu la tenue portée par Marceline Desbordes-Valmore ici -, et de l’attribuer à Péan du Pavillon.

Le seul moyen de clore ce débat, ou de l’avancer sur ce point, serait donc d’organiser une étude bien plus poussée sur cette œuvre, en la confrontant aux œuvres attribuées avec certitude à Ledru, Tripier-Lefranc et Péan du Pavillon, tout en continuant d’investiguer dans l’abondante correspondance de Marceline Desbordes-Valmore.

 

Que voit-on ?

Si l’identité du modèle et celle de l’auteur de ce tableau doivent être discutées, il en va de même pour son iconographie : au fond, qui et que représente-t-il d’autre que ce qui est immédiatement visible ? Le portrait que le spectateur ne peut pas voir est en effet profondément intrigant : s’agit-il d’un miroir ou d’un portrait ? Et le cas échéant, d’un autre portrait de la femme représentée (Marceline) ? Ou du portrait d’une autre personne ?

Une « vanité »

Voici l’un des points sur lequel Pierre-Jacques Lamblin et moi nous accordons : ce portrait de femme est une réflexion picturale sur la fuite du temps et de la vie, que l’on peut sans hésitation rapprocher du genre des « vanités ».

Nous lisons tous deux le tableau de la même manière : représentée au centre devant un fond sombre, une femme entre deux âges (je plaide ardemment pour Marceline Desbordes-Valmore !) est vêtue d’une robe noire (de deuil ?) d’où se détache un corsage de dentelles blanches. Les tons doré et acajou du foulard frangé qui maintient son chignon font écho à ceux de son alliance et de son bracelet, composé d’un long ruban passé dans une boucle, ainsi qu’à ceux de la psyché en acajou devant laquelle elle est assise – visible sur la droite de la composition. La chandelle de cette dernière vient de s’éteindre, dégageant une légère volute de fumée. La femme contemple son image dans le miroir de la psyché, tout en tenant dans ses mains un tableau – ou un autre miroir -, ovale, dont le motif lui fait face. On aperçoit une étiquette au revers de ce dernier, mais l’inscription en est illisible. En arrière-plan à gauche, un piano droit au clavier visible est surmonté de partitions et d’un rouleau de papier, ainsi que d’un métronome.

Le peintre choisit de représenter le moment où le regard du personnage féminin s’arrête sur son reflet dans le miroir de la psyché, avant ou après s’être tourné vers l’image qu’elle tient entre ses mains : un autre reflet (s’il s’agit d’un miroir), ou une autre image (s’il s’agit d’un portrait).

Les couleurs sombres qui dominent la composition, rehaussées de touches claires, s’accordent ici pour procurer un écho automnal à la scène, interprétable comme une métaphore de la jeunesse qui passe, et plus largement comme une « vanité », une méditation sur la fuite du temps et la mort qui la conclue – symbolisées par la présence du métronome et par la volute de fumée créée par la bougie récemment éteinte.

Un portrait de Marceline Desbordes par Constant Desbordes ?

Dans Le Siècle des Valmore17, Francis Ambrière part du principe qu’il s’agit d’un Portrait de Marceline Desbordes par Constant Desbordes, qu’Henri de Latouche (1785-1851), le grand amour de cette dernière, avait pris dans l’atelier du peintre pour le garder par devers-lui, au moment où il vivait une passion amoureuse avec Marceline – c’est-à-dire entre 1820 et 1821. Lorsque les relations entre les anciens amants se tendent sérieusement, à la fin des années 1830 justement18, Latouche, suite à une demande de Marceline, lui aurait rendu ce portrait – qui serait représenté ici, accompagné à son revers du billet indigné de l’écrivain. L’iconographie générale de la scène serait donc celle du deuil de la passion qui avait autrefois réuni ces êtres d’exception qu’étaient Henri et Marceline.

Si cette proposition est séduisante, je me dois d’avouer mes doutes : l’inscription au revers du tableau représenté étant illisible, il est à l’heure actuelle difficile de savoir ce qui y figure – et qui ressemble davantage à une étiquette qu’à un billet plié. Seule une campagne d’analyse scientifique (réflectographie infra-rouge, voire radiographie) permettrait peut-être de lire ce qui est écrit, à supposer que telle ait été l’intention du peintre.

D’autre part, à ma connaissance, Constant Desbordes n’a pas réalisé de portrait de Marceline qui serait d’un format ovale, similaire à celui représenté. Aujourd’hui conservé au musée de Douai, le seul portrait connu de Marceline peint par Constant Desbordes est de format rectangulaire (inv. 95).

Un portrait dans le portrait ?

Et si ce tableau ovale représentait un autre sujet, à savoir une autre personne ? J’avais envisagé l’hypothèse que Marceline Desbordes-Valmore pourrait tenir sur ses genoux le portrait d’un.e autre, peut-être défunt.e – ce qui expliquerait alors la robe de deuil et les tonalités automnales de l’œuvre. De telles représentations existent dans l’histoire de la peinture française, je pense en particulier au très beau Portrait dit de Madame de Monginot et de son époux, attribué à François de Troy et conservé au musée de Nantes. Toutefois, l’on y voit précisément à chaque fois le portrait de la personne défunte. J’ai donc abandonné cette hypothèse.

La psyché de Marceline

Je renvoie à une très intéressante proposition d’article rédigé par Catherine Kouyoumdjian « La psyché de Marceline. Vers une autre lecture de la toile d’Hilaire Ledru », envoyé à Christine Planté pour être présenté lors de la journée d’étude du 27 septembre 2018 consacrée aux portraits de Marceline Desbordes-Valmore. Cette présentation n’a pu avoir lieu, mais les nombreuses pistes que Madame Kouyoumdjian propose quant aux liens entre peinture et miroir, miroir et psyché (dans tous les sens du terme) sont passionnantes à explorer.

Ainsi bien des recherches restent à mener pour identifier précisément, à défaut du sujet, l’auteur et l’objet de la présente représentation, fascinante à bien des égards.

Anne Labourdette

Conservatrice du musée de la Chartreuse

1 Auguste-Jean Boyé, dit Boyer d’Agen (1857-1945).

2 Boyer d’Agen, Lettres de Marceline Desbordes à Prosper Valmore… Paris : Aux éditions de la Sirène, 1924. t. 1, p. XVIII-XIX.

3 Réalisées en 1854 et 1859, voir « Marceline Desbordes-Valmore à travers ses portraits », in Marceline Desbordes-Valmore, une artiste douaisienne à l’époque romantique, catalogue de l’exposition tenue au musée de la Chartreuse du 18 décembre 2009 au 15 février 2010, pp.50-51.

4 Mentionnée dans son passeport de 1810, in Le Siècle des Valmore, t. I.

5 J’accepte néanmoins d’être démentie…

6 Voir l’histoire du faux portrait de Marceline par Grobon, qui représente en fait Adèle Paule, « Marceline Desbordes-Valmore à travers ses portraits », op. cit., p. 69.

7 « Marceline Desbordes-Valmore à travers ses portraits », op. cit., pp. 50-51.

8 Idem.

9 Douai, BMMDV, copie d’une lettre d’Hilaire Ledru à Marceline Desbordes-Valmore, sans date, Ms 1542-1-290 et lettre de Marceline Desbordes-Valmore à Hilaire Ledru, Paris, 2 décembre 1833.

10 Boyer d’Agen, Lettres de Marceline Desbordes à Prosper Valmore… Paris : Aux éditions de la Sirène, 1924. t. 1, p. XVIII-XIX.

11 « Marceline Desbordes-Valmore à travers ses portraits », op. cit.

12 Douai, BMMDV, Ms. 1553-6, p. 267.

13 Douai, BMMDV, Ms. 1736-163-5.

14 Douai, BMMDV, Ms. 1553-5-1114, elle aussi datée du 28 juin 1840. Ce sont les copies d’un original conservé à la bibliothèque : Ms 1620-6-585 LAS à Ondine Valmore, 28 juin 1840.

15 Douai, BMMDV, Ms 1479-146 du 19 février 1840.

16 Dans une autre lettre à Prosper Valmore, en date du 23 mars 1840 (Douai, BMMDV).

17 T. 2.

18 Latouche pense – à raison – qu’il est le vrai père d’Ondine, l’une des filles de Marceline, laquelle réagit en calomniant son ex-amant afin de l’éloigner d’Ondine et d’éviter de voir son secret révélé (Le Siècle des Valmore, t. 2).

Liens

Facebook / Société des études Marceline Desbordes-Valmore (SEMDV) (à venir)

Ville de Douai : bibliothèque Marceline Desbordes-Valmore : https://www.bm-douai.fr/

Musée de la Chartreuse de Douai : http://www.museedelachartreuse.fr/

Réseau des maisons d’écrivains et patrimoine littéraire des Hauts de France : http://www.reseaumaisonsecrivain-hdf.fr/

19th-Century French Women Poets : http://web.colby.edu/poetes/

Association Les Amis de George Sand : https://www.amisdegeorgesand.info/

Association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus : https://www.amisldm.org/

Musée de la Vie romantique : http://museevieromantique.paris.fr/fr

Catalogue de la Bibliothèque nationale de France : http://catalogue.bnf.fr/index.do

CL 19 : Comité de liaison des associations dix-neuviémistes : https://comitexix.hypotheses.org/

Réseau des maisons d’écrivain et patrimoines littéraires Hauts-de-France :  https://reseaumaisonsecrivain-hdf.fr/

Fédération nationale des maisons d’écrivain & des patrimoines littéraires : http://www.litterature-lieux.com/

Un Christ
Au salon de 1847

Ce poème n’a pas paru du vivant de Marceline Desbordes-Valmore. C’est Bernard Gagnebin qui l’a publié pour la première fois dans la revue Lettres, d’après un manuscrit (non autographe) qui se trouve à la Bibliothèque de Genève. On ne connaît pas de manuscrit autographe.

Nous donnons (sans variantes) le texte tel qu’établi par Marc Bertrand (Presses Universitaires de Grenoble, OP, II, 1973, p. 642 ; Marceline Desbordes-Valmore, Œuvre poétique, Lyon, Jacques André éditeur, 2007, p. 498).

Le sous-titre figure sur le manuscrit. Une note en bas du premier feuillet indique qu’il s’agit d’un tableau d’Eugène Delacroix : sans doute le « Christ » de 1846, exposé au Salon de 1847, aujourd’hui à Baltimore, The Walters Art Museum.

Un Christ au salon de 1847

C’était le jour du peuple à visiter son Louvre,
Et, roi silencieux, sous la porte qui s’ouvre,
Le peuple, comme un fleuve errant en liberté,
Allait porter son vote à l’immortalité.

Et moi, prise au courant de cette foule aimée,
Marchant avec effort dans son flot enfermée,
J’ouvrais mes yeux sans voile aux mordantes clartés
Qui des lambris vivants sortaient de tous côtés.
Mais le cœur palpitant comme un cœur d’alouette

Attirée au miroir où se heurte sa tête,
J’avançais toute lasse et les yeux larmoyants,
Laissant glisser mes pieds sur les parquets fuyants,
Comme un rêve. Enlacée au bras d’une compagne :
« Où donc l’air pur, disais-je, et l’ombre, et la campagne,
Et la fleur véritable et qui se cueille, et l’eau
Dont le semblant scintille au fond de ce tableau,
Mais qui ne coule pas ! » Ta voix fraîche, ô Nature,
Appelait loin de l’art mon esprit sans culture,
Et vous, pardonnez-moi, chefs-d ‘œuvre confondus,
Pour mes sens imparfaits vous étiez tous perdus.

Mais là-bas, séparé des marbres, des dorures,
Des riantes beautés qu’enchaînent leurs bordures,
Et d’enfants qu’on eût dits prêts à courir vers nous,
Qui donc force la foule à plier les genoux ?
Quel sombre attirement, quelle chaste lumière,
A secouru de loin ma brûlante paupière ?
Quelle halte pieuse à travers les bruits forts
A suspendu la foule et ses houleux efforts ?
Un Christ ! Une croix haute en silence gardée
Par deux hommes rêveurs, deux soldats de Judée,
Veilleurs insoucieux des meurtres d’alentour,
Demandant à la nuit : Quand donc fera-t-il jour ?

Il fait jour ! Il fait jour ! D’une croix éclairée,
La lumière descend dans cette nuit sacrée ;
Mais, pour vos yeux de chair et malgré son retour,
Ô veilleurs de la mort, il ne fera plus jour.

La lune sur la terre avançant son visage
De rayons effrayés perce le noir feuillage
Comme un esprit vivant qui juge cette mort,
Et le peuple qui tue et les rois sans remord.

Au fond du lourd sommeil, la moquerie éteinte
Partout d’un saint effroi laisse couler la teinte
Et l’âme en pleurs est libre enfin de se plonger
Dans ce repos terrible et doux à partager.
Car de vos flancs ouverts, ô vrai roi qu’on ignore,
Ô Dieu vrai ! le pardon saigne et s’échappe encore ;
Il saigne, oracle amer des maux qui vont couler
Sur les ingrats que seul vous veniez consoler !

Qui donc a retracé ce triomphe sans armes,
Cet oracle muet qui crie avec des larmes ?
Pour peindre ainsi son Dieu de tristesse expiré
Au fond d’un cœur mortel qu’il faut avoir pleuré !

Qui donc a retrouvé ces couleurs introuvables,
Ces ténèbres qu’on voit, ces pardons ineffables,
Ce silence épandu dans l’air terrifié,
Ce lamentable adieu du cher crucifié !
Cette nuit qu’on entend sangloter sous ces voiles,
Et l’orbe qui rougit dans un ciel sans étoiles,
Et l’herbe qui se penche en tremblant sous les pieds,
Les doux pieds de Jésus, les pieds froids et cloués.

Qui n’a pas vu cela ne saurait le comprendre ;
Qui l’a vu s’en abreuve et ne peut pas vous rendre,
Ô Christ ! Ô pieds sanglants ! Ô visage incliné !
Ô grandeur ! Ô Dieu mort qui pour nous étiez né !

J’y penserai toujours. Toujours, morte ou blessée,
J’aurai sur cette croix ma mémoire enlacée.
Dieu d’amour, si l’amour sauve tout de l’enfer,
Bénissez votre peintre, il a beaucoup souffert.

 

Les Roses de Saadi

Ce poème, un des plus célèbres de Marceline Desbordes-Valmore a paru pour la première fois dans la section « Amour » des Poésies inédites de 1860. On n’en possède pas d’état manuscrit.

Il doit sans doute sa célébrité à sa brièveté, à une composition très savante sous son apparente simplicité, et à des images dans lesquelles on a trop souvent voulu ne voir que l’expression d’une sensualité féminine.

Le poème s’inspire d’un apologue du poète persan Saadi, dans lequel la robe est celle d’un sage, le poète rapportant une expérience mystique.

Les Roses de Saadi

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9613518w/f9.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9613518w/f27.image