{"id":1883,"date":"2023-12-04T14:51:01","date_gmt":"2023-12-04T13:51:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.societedesetudesmarcelinedesbordesvalmore.fr\/?p=1883"},"modified":"2024-10-13T15:30:24","modified_gmt":"2024-10-13T13:30:24","slug":"une-lecon-dagregation-la-liberte-des-pleurs-et-le-rossignol-en-cage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.societedesetudesmarcelinedesbordesvalmore.fr\/?p=1883","title":{"rendered":"Une le\u00e7on d&rsquo;agr\u00e9gation : La libert\u00e9 des <em>Pleurs<\/em> et le rossignol en cage"},"content":{"rendered":"<p>Nous donnons ci-dessous un texte publi\u00e9 dans le <a href=\"https:\/\/www.societedesetudesmarcelinedesbordesvalmore.fr\/?p=1883\">num\u00e9ro 5<\/a> de <a href=\"https:\/\/www.societedesetudesmarcelinedesbordesvalmore.fr\/?page_id=19\"><em>J&rsquo;\u00e9cris pourtant<\/em><\/a>, Cahiers de la Soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9tudes Marceline Desbordes-Valmore, tir\u00e9 de la le\u00e7on donn\u00e9e par Vincent D\u00e9camps en 2023 \u00e0 l&rsquo;oral de l&rsquo;agr\u00e9gation des lettres modernes, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u premier, ainsi qu&rsquo;une introduction par Christine Plant\u00e9.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h2>Marceline Desbordes-Valmore au programme de l\u2019agr\u00e9gation<\/h2>\n<p style=\"text-align: right;\">Christine Plant\u00e9<\/p>\n<p>Dans la transmission d\u2019une \u0153uvre litt\u00e9raire, l\u2019enseignement joue un r\u00f4le d\u00e9cisif. \u00ab&nbsp;La litt\u00e9rature, c\u2019est ce qui s\u2019enseigne&nbsp;\u00bb affirmait Barthes \u00e0 la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u2013 ce qui n\u2019est <em>pas<\/em> enseign\u00e9 risquant de s\u2019effacer des m\u00e9moires. Longtemps bien transmise par une tradition scolaire et des \u00e9ditions enfantines, la po\u00e9sie de Marceline Desbordes-Valmore a tendu \u00e0 s\u2019y faire plus rare dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et au d\u00e9but du n\u00f4tre, et plus encore \u00e0 des niveaux d\u2019\u00e9tude plus avanc\u00e9s. La faire lire relevait alors surtout de l\u2019initiative individuelle de quelques professeurs, qui se heurtaient de surcro\u00eet au manque d\u2019\u00e9ditions courantes disponibles.<\/p>\n<p>Cette situation a \u00e9volu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et le recueil des <em>Pleurs<\/em> a \u00e9t\u00e9 inscrit au programme des agr\u00e9gations de lettres et de grammaire en 2023. Rappelons que leur programme change chaque ann\u00e9e et qu\u2019il comporte, pour les \u00e9preuves de litt\u00e9rature fran\u00e7aise, une \u0153uvre par si\u00e8cle (du XVI<sup>e<\/sup> au XX<sup>e<\/sup>) \u2013 sur laquelle vont donc travailler de fa\u00e7on approfondie pendant plusieurs mois les candidats et les professeurs qui assurent leur pr\u00e9paration au concours. Cette obligation est souvent l\u2019occasion de (re)d\u00e9couvertes, notamment lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u0153uvres moins connues que les grands textes canoniques. Les agr\u00e9g\u00e9s re\u00e7us pourront, devenus professeurs, souhaiter les faire \u00e9tudier dans les \u00e9tablissements secondaires o\u00f9 elles et ils seront nomm\u00e9s, mais aussi poursuivre des recherches \u00e0 leur propos. Inscrire une \u0153uvre au programme, c\u2019est donc encourager l\u2019int\u00e9r\u00eat pour celle-ci, diffuser la connaissance qu\u2019on a de son auteur ou son autrice au-del\u00e0 d\u2019un cercle restreint de sp\u00e9cialistes, et contribuer \u00e0 renouveler sa vision gr\u00e2ce aux regards port\u00e9s sur elle par de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9crits de femmes ont figur\u00e9 dans ces programmes \u2013 des p\u00e9titions l\u2019ont d\u00e9plor\u00e9 \u2013, mais actuellement les \u00e9crivaines y entrent de plus en plus. Ainsi, peu avant le recueil des <em>Pleurs <\/em>de Marceline Desbordes-Valmore, au programme pour le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en 2023 (il y demeure pour le concours interne en 2024), on trouvait en 2021 un roman de George Sand, <em>Mauprat<\/em>. Cette ann\u00e9e les candidats doivent \u00e9tudier les <em>\u0152uvres<\/em> de Louise Lab\u00e9 pour le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et deux pi\u00e8ces de Nathalie Sarraute pour le XX<sup>e<\/sup>.<\/p>\n<p>Vincent D\u00e9camps (universit\u00e9 Toulouse Jean Jaur\u00e8s), re\u00e7u premier en 2023 au concours externe de l\u2019agr\u00e9gation des lettres modernes, a eu pour sujet de le\u00e7on lors des \u00e9preuves orales \u00ab&nbsp;La libert\u00e9 dans <em>Les Pleurs<\/em>&nbsp;\u00bb de Marceline Desbordes-Valmore. Nous lui avons propos\u00e9 de nous donner une version \u00e9crite de cette le\u00e7on, excellemment \u00e9valu\u00e9e par le jury, et nous le remercions grandement d\u2019avoir accept\u00e9.<\/p>\n<p>Son texte s\u2019intitule \u00ab&nbsp;La libert\u00e9 des <em>Pleurs <\/em>et le rossignol en cage&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"background-color: lightgrey;\">\n<h3><strong>L\u2019agr\u00e9gation, et l\u2019\u00e9preuve orale de la le\u00e7on <\/strong><\/h3>\n<p>Pour celles et ceux qui, parmi nos lecteurs, connaissent peu ces concours, ces quelques mots pr\u00e9ciseront ce que sont l\u2019agr\u00e9gation et l\u2019\u00e9preuve de la le\u00e7on.<\/p>\n<p>L\u2019agr\u00e9gation est un concours de recrutement des enseignants du secondaire qui existe sous trois formes&nbsp;: externe (ouvert aux titulaires d\u2019un master)&nbsp;; interne (ouvert \u00e0 des enseignants ou des agents de la fonction publique d\u00e9j\u00e0 en poste depuis cinq ans)&nbsp;; ou sp\u00e9cial (destin\u00e9 \u00e0 des personnes en possession d\u2019un doctorat). Difficile et tr\u00e8s s\u00e9lectif, ce concours donne, apr\u00e8s un stage, le statut d\u2019enseignant\u00b7e agr\u00e9g\u00e9\u00b7e du second degr\u00e9, mais il peut aussi ouvrir sur la recherche et l\u2019enseignement sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>L\u2019agr\u00e9gation se passe en deux \u00e9tapes, chacune \u00e9tant compos\u00e9e de plusieurs \u00e9preuves&nbsp;: d\u2019abord un \u00e9crit d\u2019admissibilit\u00e9, puis un oral d\u2019admission. \u00c0 l\u2019oral des agr\u00e9gations de lettres, la le\u00e7on est une \u00e9preuve majeure (et souvent redout\u00e9e par les candidats), \u00e0 la fois pour son coefficient \u2013 elle p\u00e8se lourd dans le r\u00e9sultat final \u2013 et pour sa dur\u00e9e. En 6 heures, sur un sujet impos\u00e9 tir\u00e9 au sort portant sur l\u2019une des \u0153uvres au programme, la candidate ou le candidat doit construire un expos\u00e9 qui t\u00e9moigne de sa connaissance de l\u2019\u0153uvre et de sa capacit\u00e9 \u00e0 la faire partager. Pour ce faire, elle ou il peut s\u2019appuyer, \u00e0 l\u2019exception de tout autre document, sur les dictionnaires mis \u00e0 sa disposition et sur le texte dans l\u2019\u00e9dition au programme. La le\u00e7on ainsi pr\u00e9par\u00e9e, qui ne doit pas durer plus de 35 minutes, est ensuite pr\u00e9sent\u00e9e oralement devant le jury, elle est suivie d\u2019un bref entretien. Si, comme son nom l\u2019indique, elle s\u2019apparente \u00e0 un cours donn\u00e9 \u00e0 une classe, elle s\u2019adresse de fait \u00e0 des professeurs, qui partagent la connaissance du texte. Les candidats ne peuvent entrer dans des explications de d\u00e9tail, ni citer longuement.<\/p>\n<p>La transposition \u00e9crite de cet exercice oral, \u00e0 laquelle nous remercions Vincent Descamps d\u2019avoir accept\u00e9 de se livrer, garde trace de ces r\u00e8gles. Nos lecteurs, sans doute pour beaucoup moins familiers avec le recueil des <em>Pleurs<\/em>, rencontreront sans doute l\u00e0 parfois une g\u00eane, mais aussi, nous l\u2019esp\u00e9rons, une incitation \u00e0 lire, ou relire, ces po\u00e8mes.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h2>La libert\u00e9 des <em>Pleurs<\/em> et le rossignol en cage<\/h2>\n<p style=\"text-align: right;\">Vincent D\u00e9camps<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Libert\u00e9&nbsp;: c\u2019est un de ces d\u00e9testables mots qui ont plus de valeur que de sens, qui chantent plus qu\u2019ils ne parlent.&nbsp;\u00bb La libert\u00e9, comme se pla\u00eet \u00e0 le souligner Paul Val\u00e9ry dans ses <em>Regards sur le monde actuel<\/em>, est un concept bien malais\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir mais qui se ressent, se vit pourtant avec une \u00e9vidence que Marceline Desbordes-Valmore n\u2019a aucun mal \u00e0 retranscrire. Des dictionnaires consult\u00e9s, dont Le Robert, nous pouvons n\u00e9anmoins retenir trois traits saillants&nbsp;: la libert\u00e9 est d\u2019abord l\u2019\u00e9tat d\u2019une personne qui n\u2019est pas sous la d\u00e9pendance absolue de quelqu\u2019un ou quelque chose, qui n\u2019est pas captive, par opposition \u00e0 l\u2019esclavage ou \u00e0 toute forme de servitude&nbsp;; selon une d\u00e9finition \u00e9largie, la libert\u00e9 est encore l\u2019\u00e9tat de ce qui ne subit pas de contrainte&nbsp;; dans une perspective plus sp\u00e9cifiquement sociopolitique enfin, et d\u2019apr\u00e8s Montesquieu, elle est le \u00ab&nbsp;droit de faire tout ce que les lois permettent<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Ces trois acceptions, le recueil des<em> Pleurs<\/em> les mobilise \u00e0 plus ou moins grande \u00e9chelle. En effet, le sujet lyrique s\u2019y d\u00e9crit tr\u00e8s majoritairement dans sa relation au monde, \u00e0 l\u2019amant ou aux autres, dans un registre \u00e9l\u00e9giaque que Jean-Michel Maulpoix d\u00e9finit comme une \u00ab&nbsp;po\u00e9tique de l\u2019objet perdu et du sujet \u00e9perdu<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Le sujet \u00e9l\u00e9giaque est toujours travaill\u00e9 en creux, priv\u00e9 d\u2019un bien perdu, en d\u00e9finitive assujetti \u00e0 un sentiment douloureux duquel il peine \u00e0 se d\u00e9prendre.<\/p>\n<p>Pourtant, si le <em>je <\/em>lyrique des <em>Pleurs <\/em>semble r\u00e9guli\u00e8rement faire le constat d\u2019un asservissement, il ne cesse de s\u2019exprimer, de chanter, \u00e0 la suite du rossignol aveugle, d\u2019apr\u00e8s le titre d\u2019un des po\u00e8mes du recueil (\u00ab&nbsp;Le Rossignol aveugle<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;126-130), qui nous permettra d\u2019interroger la notion de libert\u00e9. Le <em>je <\/em>lyrique des <em>Pleurs <\/em>est-il un rossignol en cage&nbsp;?<\/p>\n<p>La po\u00e8te-rossignol s\u2019efforce d\u2019ouvrir la cage, dans une qu\u00eate individuelle de libert\u00e9. Mais l\u2019oiseau peut aussi d\u00e9cider de rester dans cette cage&nbsp;: l\u2019amour devient-il alors un esclavage consenti&nbsp;? Tout l\u2019enjeu pour la po\u00e8te serait alors de voler vers les autres, de construire d\u2019autres espaces de libert\u00e9.<\/p>\n<h3>Ouvrir la cage, reconqu\u00e9rir une libert\u00e9 individuelle<\/h3>\n<h4>L\u2019enfance, lieu de tous les possibles<\/h4>\n<p>Dans un pr\u00e9sent \u00e9touffant, peu \u00e0 m\u00eame d\u2019assouvir le d\u00e9sir, le sujet lyrique trouve une \u00e9chappatoire dans le souvenir des ann\u00e9es heureuses. Aux pr\u00e9mices de la vie, le malheur n\u2019a pas encore frapp\u00e9, et l\u2019innocent peut jouir sans contrainte des plaisirs de l\u2019existence. La po\u00e8te implore le ciel de lui rendre cette \u00e9poque v\u00e9cue comme le sacre de l\u2019\u00e9tat de nature&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ciel&nbsp;! un de ces fils d\u2019or pour ourdir ma journ\u00e9e, \/ [\u2026] Au fond de ces beaux jours et de ces belles fleurs, \/ Un r\u00eave&nbsp;! o\u00f9 je sois libre, enfant, \u00e0 peine n\u00e9e&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;L\u2019Impossible&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;175, v.&nbsp;7-10). Les po\u00e8mes les plus heureux chez Desbordes-Valmore sont sans conteste les po\u00e8mes de l\u2019enfance, ceux o\u00f9 le sujet lyrique peut appr\u00e9cier les vastes horizons de la libert\u00e9, danser \u00ab&nbsp;volage&nbsp;\u00bb et respirer \u00ab&nbsp;tant de fleurs sauvages&nbsp;\u00bb avec sa fille qui, comme elles, trouve \u00e0 s\u2019\u00e9panouir \u00e0 sa guise (\u00ab&nbsp;Ma fille&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;145, strophe 3). Les deux po\u00e8mes encadrant le recueil donnent le ton de cet espace de libert\u00e9 que constitue l\u2019enfance. Ainsi dans \u00ab&nbsp;R\u00e9v\u00e9lation&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019harmonie de No\u00ebl succ\u00e8de l\u2019\u00e9moi de l\u2019\u00e9t\u00e9, temps par excellence de la libert\u00e9 pl\u00e9ni\u00e8re, et ces deux p\u00f4les saisonniers condensent l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019individu et plus globalement du monde encore jeunes, exp\u00e9rience r\u00e9sum\u00e9e par la m\u00e9taphore du <em>c\u0153ur bondissant<\/em>. La po\u00e8te dit la liesse, l\u2019ad\u00e9quation de l\u2019enfance avec son monde dans une synesth\u00e9sie&nbsp;:<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9t\u00e9, le monde \u00e9mu fr\u00e9mit comme une f\u00eate&nbsp;;<br \/>\nLa terre en fleurs palpite et parfume sa t\u00eate&nbsp;;<br \/>\nLes cailloux plus cl\u00e9ments, loin d\u2019offenser nos pas,<br \/>\nNous font un doux chemin&nbsp;: on vole, on dit tout bas&nbsp;:<br \/>\n\u00ab&nbsp;Voyez&nbsp;! tout m\u2019ob\u00e9it, tout m\u2019appartient, tout m\u2019aime <a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;!&nbsp;[\u2026]<em>&nbsp; <\/em><\/p>\n<p>L\u2019anaphore en \u00ab&nbsp;tout&nbsp;\u00bb compl\u00e8te ce tableau total, et le sol ici n\u2019a rien des \u00ab&nbsp;cailloux aigus&nbsp;\u00bb ni du \u00ab&nbsp;pav\u00e9 br\u00fblant&nbsp;\u00bb de Lyon (\u00ab&nbsp;Louise Lab\u00e9&nbsp;\u00bb, p. 153, v. 12-13). \u00ab&nbsp;Le Convoi d\u2019un ange&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;234, v.&nbsp;39-41) propose le m\u00eame \u00e9loge de l\u2019enfance qui signifie esp\u00e9rance&nbsp;: la libert\u00e9 s\u2019associe \u00e0 cet horizon d\u00e9gag\u00e9, lumineux, encore pur de tout malheur, de tout savoir, temps gouvern\u00e9 par la m\u00e8re et le p\u00e8re, lequel vient extraire la petite fille que fut la po\u00e8te de cette \u00ab&nbsp;cage en fleurs&nbsp;\u00bb que constitue pour elle l\u2019\u00e9cole dans \u00ab&nbsp;Tristesse&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;107, v.&nbsp;87-89). La voix du p\u00e8re qui \u00ab&nbsp;ressemblait \u00e0 Dieu&nbsp;\u00bb est une parole lib\u00e9ratrice.<\/p>\n<h4>Licence po\u00e9tique et libert\u00e9 de m\u0153urs<\/h4>\n<p>Cette confusion entre le divin et le paternel dit assez les libert\u00e9s que prend la po\u00e8te avec le r\u00e9el, d\u2019autant plus audacieuses que ce r\u00e9el correspond \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise catholique et misogyne du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019association de Dieu et de l\u2019amant est encore plus nette peut-\u00eatre dans \u00ab&nbsp;Les Mots tristes&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu, c\u2019est toi pour mon c\u0153ur&nbsp;; j\u2019ai vu Dieu, je t\u2019ai vu&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;60, v.&nbsp;84). La v\u00e9ritable \u00e9piphanie n\u2019est plus spirituelle, mais toute charnelle, incarn\u00e9e dans l\u2019amant dont il s\u2019agit de v\u00e9n\u00e9rer le corps. Pire, un reproche est adress\u00e9 au divin, dont la Providence emp\u00eache de fa\u00e7on choquante les \u00eatres d\u2019aimer librement&nbsp;; une indignation, une r\u00e9volte momentan\u00e9e et discr\u00e8te s\u2019\u00e9l\u00e8vent contre Dieu (v.&nbsp;123-124). La fin du po\u00e8me, par l\u2019injonction faite \u00e0 Dieu de prier pour l\u2019amant, dans un renversement total de la hi\u00e9rarchie divine, ach\u00e8ve l\u2019affranchissement religieux de la po\u00e8te (v.&nbsp;134).<\/p>\n<p>Il en va de m\u00eame pour l\u2019expression du d\u00e9sir sexuel, hasardeuse pour une femme auteure avant les luttes des saint-simoniennes. Marceline Desbordes-Valmore livre pourtant ici et l\u00e0 des signes d\u2019une volupt\u00e9 certaine&nbsp;: se succ\u00e8dent ainsi baisers et caresses br\u00fblantes&nbsp;: \u00ab Viens&nbsp;!&nbsp;J\u2019ai besoin d\u2019entendre et de baiser ta voix&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;R\u00e9v\u00e9lation&nbsp;\u00bb, p.40, v.44)&nbsp;; le souffle de l\u2019amant (voir par exemple \u00ab&nbsp;Dors-tu&nbsp;?&nbsp;\u00bb, p.50, v.12) se m\u00eale \u00e0 celui de l\u2019amante dans le \u00ab&nbsp;nid suave et sombre&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;La Vie et la Mort du ramier&nbsp;\u00bb, p.47, v.11)&nbsp;; \u00e0 la main de Dieu se substitue celle, toute chaude, de l\u2019amant dans \u00ab&nbsp;Les Mots tristes&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. D\u00e8s \u00ab&nbsp;L\u2019Attente&nbsp;\u00bb, le <em>je <\/em>po\u00e9tique refuse un amour purement platonique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi, ta s\u0153ur&nbsp;! quelle id\u00e9e&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;49, v.&nbsp;19).<\/p>\n<p>La po\u00e8te se soustrait aux codes sociaux et aux <em>topo\u00ef<\/em> litt\u00e9raires, et la libert\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9fend avec le plus d\u2019ardeur est peut-\u00eatre la libert\u00e9 po\u00e9tique&nbsp;: Desbordes-Valmore retourne son manque d\u2019\u00e9ducation en force cr\u00e9atrice, renonce aux formes fixes et multiplie les m\u00e8tres, notamment le pentasyllabe dans les chansons. Ainsi dans \u00ab&nbsp;La Sinc\u00e8re&nbsp;\u00bb, le genre populaire de la chanson permet d\u2019associer la forme au fond (la mise en vente lib\u00e9rale par la po\u00e8te de son c\u0153ur) pour souligner la libert\u00e9 de ton du morceau. Ici et l\u00e0 donc fleurissent des espaces d\u2019autonomisation de la parole po\u00e9tique. Mais si le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent offrent des fulgurances de libert\u00e9 jouissive, la voie la plus s\u00fbre vers celle-ci demeure l\u2019avenir, dans la mort.<\/p>\n<h4>\u00ab&nbsp;Libert\u00e9 dans la mort&nbsp;\u00bb<\/h4>\n<p>Ces mots ach\u00e8vent le po\u00e8me \u00ab&nbsp;B\u00e9ranger&nbsp;\u00bb en hommage au po\u00e8te emprisonn\u00e9 sous la Restauration et qui vit le pr\u00e9sent comme un asservissement, compens\u00e9 par la perspective de la mort, issue heureuse qui soustrait l\u2019homme \u00e0 toute contrainte. Face aux malheurs de l\u2019existence, Desbordes-Valmore fantasme souvent la mort, \u00ab&nbsp;frais oubli&nbsp;\u00bb o\u00f9 s\u2019abreuver dans \u00ab&nbsp;Le Mal du pays&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;112, v.&nbsp;9), o\u00f9 \u00e9pancher sa \u00ab&nbsp;soif de sommeil, d\u2019innocence&nbsp;\u00bb, et la mort est le moyen le plus s\u00fbr de ramener \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019air pur qui soufflait au jour de [l]a naissance&nbsp;\u00bb (v.&nbsp;5-8), de trouver dans l\u2019existence une cyclicit\u00e9 qui lib\u00e8re davantage qu\u2019elle enclot, comme l\u2019atteste la paronomase <em>tombeau \/ berceau<\/em> au vers&nbsp;2.<\/p>\n<p>Deux lib\u00e9rations majeures sont permises dans la mort&nbsp;: celle-ci assure d\u2019abord la r\u00e9union avec l\u2019amant, la pleine jouissance de son amour. C\u2019est ainsi que les \u00ab&nbsp;deux c\u0153urs mal \u00e9teints&nbsp;\u00bb du marin et de sa fianc\u00e9e sont \u00ab&nbsp;rallum\u00e9s dans les cieux&nbsp;\u00bb \u00e0 la fin de \u00ab&nbsp;La Vie et la Mort du ramier&nbsp;\u00bb, et le po\u00e8me qui lui fait pendant, \u00ab&nbsp;Le Retour du marin&nbsp;\u00bb, affirme ce <em>frais oubli <\/em>pour les amants&nbsp;:<\/p>\n<p>Qu\u2019ils sont bien sous la roche nue,<br \/>\n\u00c0 l\u2019abri de l\u2019errante nue,<br \/>\nOublieux de leurs mauvais jours,<br \/>\nMorts\u2026 et mari\u00e9s pour toujours&nbsp;!<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le Retour du marin&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;186, v.&nbsp;37-40<\/p>\n<p>La mort signifie confort d\u00e8s lors qu\u2019elle est partag\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je voudrais mourir jeune, et mourir avec toi&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Amour&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;52, v.&nbsp;16). Le deuxi\u00e8me enjeu majeur, li\u00e9 \u00e0 cet id\u00e9al de mort pr\u00e9matur\u00e9e, est bien l\u2019\u00e9vitement des souffrances du monde&nbsp;: le corps est une \u00ab prison fragile&nbsp;\u00bb d\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e2me trouve heureusement \u00e0 s\u2019\u00e9chapper dans \u00ab&nbsp;Lucretia Davidson&nbsp;\u00bb, po\u00e8me qui rend hommage \u00e0 la po\u00e9tesse am\u00e9ricaine prodige, morte en 1825 \u00e0 seize ans, incarnation du g\u00e9nie prodige (p.&nbsp;162, v.&nbsp;18). Dans une tradition chr\u00e9tienne et platonicienne, Desbordes-Valmore fait de la mort le lieu d\u2019une lib\u00e9ration de l\u2019\u00e2me (\u00ab&nbsp;De nos rangs constern\u00e9s, libre, tu te s\u00e9pares&nbsp;\u00bb, <em>ibid<\/em>., v.&nbsp;35), et du po\u00e8me une confirmation de cet affranchissement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle est libre&nbsp;\u00bb, ainsi s\u2019ach\u00e8ve ce morceau lyrique en hommage \u00e0 la jeune po\u00e9tesse am\u00e9ricaine, pi\u00e9g\u00e9e dans ses vers, et que la plume d\u2019une autre po\u00e9tesse rend \u00e0 l\u2019\u00e9ther. Les promesses de l\u2019au-del\u00e0 sont d\u00e9taill\u00e9es dans \u00ab&nbsp;Les Mots tristes&nbsp;\u00bb, o\u00f9 la \u00ab&nbsp;cl\u00e9 sonore&nbsp;\u00bb du Paradis ouvre un nouvel espace de libert\u00e9, tisse en lettres dor\u00e9es des \u00ab&nbsp;signe[s] d\u2019amour&nbsp;\u00bb dans ces \u00ab&nbsp;jardins sans hivers&nbsp;\u00bb. Les fils d\u2019or de Lucretia ou de Nad\u00e8ge, cette autre jeune artiste r\u00e9chapp\u00e9e de l\u2019incendie de Moscou et morte \u00e0 vingt ans (\u00ab&nbsp;Nad\u00e8ge&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;125, v.&nbsp;11-12) se sont d\u00e9j\u00e0 arrach\u00e9s \u00e0 l\u2019existence, mais celui de la po\u00e8te ne tardera pas non plus \u00e0 \u00eatre rompu par une Parque scrupuleuse (\u00ab&nbsp;Je ne crois plus&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;93, v.&nbsp;9-12). Si la qu\u00eate de libert\u00e9 se tourne vers des espaces hors d\u2019atteinte, c\u2019est que le pr\u00e9sent est une prison, mais \u2013 voil\u00e0 le pi\u00e8ge \u2013 une prison dor\u00e9e.<\/p>\n<h3>L\u2019amour, un esclavage consenti&nbsp;?<\/h3>\n<h4>Se soumettre \u00e0 l\u2019amant<\/h4>\n<p>En associant le <em>je <\/em>lyrique au f\u00e9minin, Marceline Desbordes-Valmore renverse la tradition po\u00e9tique courtoise qui faisait de l\u2019amant l\u2019esclave de la dame, lequel abjurait toute libert\u00e9 au nom de l\u2019amour&nbsp;; ici, c\u2019est la femme qui se met au service de l\u2019amant, et il est frappant de constater le nombre d\u2019adresses \u00e0 celui-ci, qui sont tant\u00f4t des reproches, tant\u00f4t un interrogatoire, mais surtout une plainte suspendue, un d\u00e9sir en attente de r\u00e9alisation, et les apostrophes tournent alors parfois \u00e0 la supplication. Ainsi peuvent se lire les imp\u00e9ratifs lancinants de la fin du po\u00e8me \u00ab&nbsp;Toi&nbsp;! Me hais-tu&nbsp;?&nbsp;\u00bb (laisse-moi, laisse-moi\u2026), sur le mode du sacrifice total, que traduit la n\u00e9gation restrictive du vers 47&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne prends de mon amour que ce qu\u2019il a d\u2019aimable&nbsp;\u00bb. La po\u00e8te rapi\u00e8ce, rabougrit son identit\u00e9 au regard, au plaisir de l\u2019amant. L\u2019existence tout enti\u00e8re est tourn\u00e9e vers l\u2019amant-ma\u00eetre dans \u00ab&nbsp;L\u2019Attente&nbsp;\u00bb, lui qui a pouvoir de vie et de mort sur elle. Le travail po\u00e9tique (allit\u00e9ration en [p] du vers 2, polysynd\u00e8te du vers 4<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>) traduit cette langueur de la vie per\u00e7ue comme un immobilisme, comme un esclavage interminable. Sans toi, \u00ab&nbsp;Ma vie est oppress\u00e9e&nbsp;\u00bb, mais \u00e0 ta vue, \u00ab&nbsp;je me sauve en te tendant les bras&nbsp;\u00bb&nbsp;: le f\u00e9minin s\u2019ali\u00e8ne fatalement dans un amour qui seul peut l\u2019accomplir socialement et l\u2019extraire de la morosit\u00e9 du quotidien estropi\u00e9. Son seul souffle de libert\u00e9 est celui que l\u2019amant veut bien lui insuffler&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est avec ta voix que je prie, \/ C\u2019est avec tes yeux que je vois&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;R\u00e9v\u00e9lation&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;40, v.&nbsp;45-46). Cette subordination totale est d\u2019autant plus am\u00e8re que l\u2019amant la d\u00e9laisse, s\u2019envole, quitte la cage (\u00ab&nbsp;Les Ailes d\u2019ange&nbsp;\u00bb), il n\u2019est pas jusqu\u2019\u00e0 son nom qui soit \u00ab&nbsp;fugitif&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Piti\u00e9&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;99, v.&nbsp;7)&nbsp;; l\u2019amour lui \u00e9chappe, et la m\u00e9moire de l\u2019amour m\u00eame se d\u00e9robe \u00e0 la po\u00e8te, priv\u00e9e des mots des passions tendres.<\/p>\n<h4>Servitude volontaire et esth\u00e9tique de la claustration<\/h4>\n<p>Si l\u2019ali\u00e9nation dans l\u2019amour semble pr\u00e9f\u00e9rable aux longs espaces de la solitude, c\u2019est que la libert\u00e9 du c\u00e9libat est v\u00e9cue comme un \u00ab&nbsp;exil&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Les Ailes d\u2019ange&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;84, v.&nbsp;25)&nbsp;: elle est redout\u00e9e et compens\u00e9e par le fantasme d\u2019un lieu clos qui emprisonnerait les amants pour leur permettre de vivre leur amour. Ce programme amoureux est annonc\u00e9 dans \u00ab&nbsp;R\u00e9v\u00e9lation&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il a dit qu\u2019avec moi l\u2019exil aurait des charmes, \/ La prison du soleil, la vieillesse des fleurs&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;44, v.&nbsp;132-133). L\u2019amour, ce \u00ab&nbsp;doux mal o\u00f9 [elle est], asservie&nbsp;\u00bb (<em>ibid.<\/em>, v.&nbsp;155), s\u2019associe alors \u00e0 une forme de plaisir masochiste dans la d\u00e9possession. Ce <em>topos <\/em>p\u00e9trarquiste est r\u00e9employ\u00e9 dans <em>Les Pleurs<\/em>, satur\u00e9s du motif de l\u2019enfermement&nbsp;: \u00ab&nbsp;cage&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;prison&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;nid&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;enclos de la m\u00e8re&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tombe&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;s\u00e9pulcre&nbsp;\u00bb, ainsi que de certaines pr\u00e9positions, \u00ab&nbsp;sous&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;dans&nbsp;\u00bb, qui montrent la po\u00e8te constamment soumise, envelopp\u00e9e, \u00e9touff\u00e9e, li\u00e9e \u00e0 l\u2019amant par une \u00ab&nbsp;invisible cha\u00eene&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Seule au rendez-vous&nbsp;\u00bb, p. 86, v.&nbsp;25). Le dernier quatrain de ce morceau figure l\u2019impossibilit\u00e9 de trouver une issue hors du chemin de l\u2019amour&nbsp;: \u00ab&nbsp;La route sans fleurs et sans charmes \/ Fuira\u2026&nbsp;\u00bb Si la passion amoureuse requiert un abandon de la libert\u00e9, le d\u00e9samour ne signifie pas non plus retour \u00e0 la libert\u00e9, et le recueil est travers\u00e9 par cette angoisse obs\u00e9dante de la solitude, du retour \u00e0 soi. Le d\u00e9part, pourtant tr\u00e8s bref, de l\u2019amant dans \u00ab&nbsp;Adieu&nbsp;!&nbsp;\u00bb se vit ainsi comme un drame, et la terreur de l\u2019abandon se lit dans l\u2019\u00e9nergie de l\u2019entame (\u00ab&nbsp;Partir&nbsp;! tu veux partir&nbsp;!&nbsp;\u00bb, p. 69, v. 1) qui veut maintenir pr\u00e9sente l\u2019image de l\u2019amant. Pauvre \u00ab&nbsp;nacelle abandonn\u00e9e&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;\u00c0 Monsieur A. de L.&nbsp;\u00bb, p. 147, v. 1), la po\u00e8te se fane dans l\u2019exp\u00e9rience solitaire, qui se veut moins une ind\u00e9pendance qu\u2019une errance&nbsp;:<\/p>\n<p>Et me voil\u00e0&nbsp;! voil\u00e0 comme tu m\u2019as rendue&nbsp;;<br \/>\n\u00c0 deux pas de tes pas, je suis, seule, perdue&nbsp;;<br \/>\nJe d\u00e9pends d\u2019un nuage ou du vol d\u2019un oiseau,<br \/>\nEt j\u2019ai sem\u00e9 ma joie au sommet d\u2019un roseau&nbsp;!<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Les Mots tristes&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;62, v.&nbsp;135-138<\/p>\n<p>L\u2019amante rendue \u00e0 sa libert\u00e9 d\u00e9pend toujours du hasard, des contingences du r\u00e9el, de cette f\u00e2cheuse Providence qui ne livre pas ses projets&nbsp;; ce que <em>Les Pleurs <\/em>tentent co\u00fbte que co\u00fbte d\u2019appr\u00e9hender, de conjurer, c\u2019est cette terreur du changement. D\u00e8s lors, un effort est fourni pour retourner la situation&nbsp;\u00e0 son avantage.<\/p>\n<h4>S\u2019affranchir de l\u2019amant en l\u2019asservissant<\/h4>\n<p>Dans une logique de rapports de domination entre le masculin et le f\u00e9minin, des efforts notables sont constat\u00e9s chez l\u2019amante pour retrouver un certain contr\u00f4le sur l\u2019amant et, ce faisant, reconqu\u00e9rir un espace de libert\u00e9. Les injonctions sonnent parfois comme de vraies tentatives pour dominer l\u2019amant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je lui dis [\u2026] \/ Que je veux esp\u00e9rer et qu\u2019on me le d\u00e9fend&nbsp;! \/ Ne me le d\u00e9fends plus&nbsp;! laisse br\u00fbler ma vie.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;R\u00e9v\u00e9lation&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;45-46, v.&nbsp;152-154). La po\u00e8te entend continuer d\u2019esp\u00e9rer, de fantasmer l\u2019asservissement du bien-aim\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sous ce voile de feu j\u2019emprisonne ta vie&nbsp;: \/ L\u00e0, je t\u2019aime, innocente, et tu n\u2019aimes que moi&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;Amour&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;52, v.&nbsp;13-14). Si la passion doit la consumer, elle emportera avec elle l\u2019amant. L\u2019accusation se fait plus farouche parfois&nbsp;: ainsi du refrain de \u00ab&nbsp;Seule au rendez-vous&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;\u00d4 menteur&nbsp;! \u00f4 menteur d\u2019amour&nbsp;!&nbsp;\u00bb) ou de l\u2019antiphrase dans \u00ab&nbsp;Les Ailes d\u2019ange&nbsp;\u00bb o\u00f9 la po\u00e8te lui enjoint (\u00ab&nbsp;Allez&nbsp;!&nbsp;\u00bb) de se tourner vers d\u2019autres fleurs, d\u2019autres femmes, dans une \u00e9pitrope qui voudrait le ramener sur son sein. \u00ab&nbsp;Je ne veux plus te voir&nbsp;\u00bb, conclut-elle dans \u00ab&nbsp;Une fleur&nbsp;\u00bb, renversant l\u2019affront qui lui est fait dans l\u2019\u00e9tiolement de l\u2019offrande florale. Elle finit ainsi par s\u2019affranchir, au moins temporairement, de l\u2019amour, auquel elle renonce dans \u00ab&nbsp;Je ne crois plus&nbsp;\u00bb, mais elle lib\u00e8re surtout l\u2019amant dans \u00ab&nbsp;Ne me plains pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 90)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sois libre, je t\u2019oublie&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Sois libre, sois heureux&nbsp;!&nbsp;\u00bb En ouvrant la cage mentale de la m\u00e9moire, la po\u00e8te autorise l\u2019amant \u00e0 s\u2019\u00e9panouir ailleurs, \u00e0 voler de ses propres ailes&nbsp;: force est de constater que si l\u2019\u00e9preuve de la solitude est douloureuse pour la femme (\u00ab&nbsp;Cet effort fut affreux\u2026&nbsp;\u00bb v.&nbsp;14), la libert\u00e9 du c\u00e9libat est per\u00e7ue chez l\u2019homme comme un tremplin vers le bonheur.<\/p>\n<p>La terreur du changement est d\u00e9pass\u00e9e pour un temps, mais l\u2019amante se compla\u00eet dans l\u2019illusion du contr\u00f4le, tandis qu\u2019elle subit toujours le joug de son amour. La situation d\u00e9crite dans \u00ab&nbsp;Malheur \u00e0 moi&nbsp;!&nbsp;\u00bb est particuli\u00e8rement exemplaire \u00e0 ce titre&nbsp;: l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 f\u00e9minine y est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 demi-mot pour mieux constater l\u2019indiff\u00e9rence de l\u2019amant, son affranchissement injuste qu\u2019il s\u2019agit de bl\u00e2mer. La libert\u00e9 f\u00e9minine est toujours relative, toujours conditionn\u00e9e, et ce \u00ab&nbsp;d\u00e9tachement&nbsp;\u00bb que tente la po\u00e8te, sans cesse avort\u00e9, doit sans cesse \u00eatre r\u00e9it\u00e9r\u00e9, confort\u00e9. Se donne \u00e0 lire <em>in fine <\/em>le paradoxe d\u2019un amour qui ali\u00e8ne et assujettit autant qu\u2019il lib\u00e8re, parce qu\u2019il lib\u00e8re toutes les passions, toute la force de l\u2019existence, comme l\u2019atteste l\u2019\u00e9piphanie, l\u2019apocalypse au sens \u00e9tymologique dans \u00ab&nbsp;Les Mots tristes&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand ta voix me parla, \/ Le rideau s\u2019entr\u2019ouvrit, l\u2019\u00e9ternit\u00e9 br\u00fbla&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;60, v.&nbsp;79-80). Le recueil se veut alors l\u2019apprentissage de l\u2019impossibilit\u00e9 de se soustraire \u00e0 un amour contenu non pas dans un \u00eatre, mais dans l\u2019univers tout entier, parce qu\u2019en soi.<\/p>\n<p>Si la vraie cage est int\u00e9rieure, la po\u00e8te veut donner des cl\u00e9s aux autres pour se lib\u00e9rer.<\/p>\n<h3>Voler vers les autres, imaginer d\u2019autres espaces de libert\u00e9<\/h3>\n<h4>Refonder la libert\u00e9 autour d\u2019une nouvelle communaut\u00e9<\/h4>\n<p>La po\u00e9sie romantique est une po\u00e9sie fondamentalement sociale, toujours adress\u00e9e, ou tourn\u00e9e vers l\u2019autre, f\u00fbt-ce un absent. Dans la lign\u00e9e de Hugo et du po\u00e8te mage, Marceline Desbordes-Valmore fait parfois de la po\u00e9sie le lieu d\u2019un engagement politique, voire d\u2019une r\u00e9volte pour la libert\u00e9&nbsp;; il suffit de penser aux contes et aux romans qu\u2019elle a \u00e9crits sur la traite n\u00e9gri\u00e8re (<em>Adrienne, Sarah<\/em>), encore d\u00e9laiss\u00e9s par la critique fran\u00e7aise, ainsi qu\u2019aux po\u00e8mes ult\u00e9rieurs sur la r\u00e9volte des Canuts. Avec <em>Les Pleurs<\/em>, la po\u00e8te d\u00e9nonce les oppressions des peuples belge et polonais. Le po\u00e8me \u00ab&nbsp;Sous une croix belge&nbsp;\u00bb dit la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance de la Belgique en 1830, et s\u2019ouvre sur l\u2019esclavage universel des peuples face aux puissants, dans une maxime am\u00e8re qui puise \u00e0 l\u2019imaginaire v\u00e9g\u00e9tal de la po\u00e8te&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! sur trop de cypr\u00e8s la libert\u00e9 se fonde&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;117, v.&nbsp;20&nbsp;: les cypr\u00e8s sont, comme le rappelle Esther Pinon dans une note, des arbres de cimeti\u00e8res). La refondation d\u2019une communaut\u00e9 libre se fait au prix des larmes des enfants, des \u00ab&nbsp;plainte[s] de femme[s]&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;sanglantes fleurs&nbsp;\u00bb&nbsp;: l\u2019univers po\u00e9tique propre \u00e0 Desbordes-Valmore est ici projet\u00e9 sur la guerre, comme une fa\u00e7on d\u2019int\u00e9grer toutes les victimes, toutes les m\u00e8res endeuill\u00e9es dans sa communaut\u00e9 po\u00e9tique&nbsp;; \u00e9lev\u00e9es \u00e0 une dignit\u00e9 po\u00e9tique, elles acqui\u00e8rent une deuxi\u00e8me libert\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le Vieux P\u00e2tre&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;La Fianc\u00e9e polonaise&nbsp;\u00bb se concentrent encore sur ces questions, et l\u2019envoi de ce dernier po\u00e8me apostrophe les rois, somm\u00e9s de craindre le petit&nbsp;; l\u2019amour et la foi sont une force sup\u00e9rieure \u00e0 la tyrannie, et la fianc\u00e9e devient alors une all\u00e9gorie de la libert\u00e9 pour le peuple polonais qui \u00e9choue \u00e0 obtenir son ind\u00e9pendance en 1830-1831. La harangue du vieux p\u00e2tre est vaine elle aussi, l\u2019injonction \u00e0 agir se perd dans l\u2019Europe, mais la po\u00e9sie lib\u00e8re et fixe la voix des insurg\u00e9s r\u00e9prim\u00e9s en faisant r\u00e9sonner leur m\u00e9moire par-del\u00e0 la mort. Face aux contraintes du r\u00e9el, la parole po\u00e9tique se veut une force de lib\u00e9ration.<\/p>\n<h4>La po\u00e9sie \u00e0 tire-d\u2019aile<\/h4>\n<p>En tension avec l\u2019esth\u00e9tique de la claustration, une dynamique contraire de mise en mouvement du sujet lyrique et du r\u00e9el se donne \u00e0 lire. La libert\u00e9 peut se regagner par une abn\u00e9gation, une force de r\u00e9silience, une constante \u00e9nergie. Aussi Desbordes-Valmore imagine-t-elle par le po\u00e8me des espaces utopiques de libert\u00e9. C\u2019est le cas dans \u00ab&nbsp;Le Songe&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Serais-tu seul&nbsp;?&nbsp;\u00bb, o\u00f9 les syst\u00e8mes hypoth\u00e9tiques et les exclamatives \u00e9tablissent le sc\u00e9nario fantasm\u00e9 d\u2019une rencontre nocturne avec l\u2019amant (\u00ab&nbsp;Oh&nbsp;! si j\u2019avais de grandes ailes, \/ Que je traverserais de lieux&nbsp;!&nbsp;\u00bb, p.79, v.1-2), et o\u00f9 l\u2019interrogation un instant suspendue \u00e0 la fin de la premi\u00e8re strophe (\u00ab&nbsp;T\u2019enfuirais-tu, mon seul ami&nbsp;?&nbsp;\u00bb) devient rh\u00e9torique avec la r\u00e9ponse formul\u00e9e par la po\u00e8te \u00e0 la place de l\u2019\u00eatre aim\u00e9 (\u00ab&nbsp;Non&nbsp;: tu subirais le prodige \/ Qui rouvrirait les cieux pour nous&nbsp;\u00bb)&nbsp;: l\u2019amante est cet oiseau capable de franchir tous les lieux, capable de r\u00eaver tous les horizons. Au c\u0153ur des \u00ab&nbsp;Mots tristes&nbsp;\u00bb, la r\u00eaverie f\u00e9minine fantasm\u00e9e, individuelle, de la sixi\u00e8me s\u00e9quence (\u00ab [\u2026] et je r\u00eavais encor \/ Je ne sais quel appui qui manquait \u00e0 mon sort&nbsp;!&nbsp;\u00bb, p.59, v.67-68) \u00e9volue tout \u00e0 coup dans le quatrain suivant en utopie collective, construite comme un n\u00e9gatif enthousiaste du r\u00e9el gr\u00e2ce \u00e0 une s\u00e9rie de n\u00e9gations lexicales ou syntaxiques (\u00ab&nbsp;L\u00e0, du moins, je voyais les pauvres sans alarmes, \/ Sortis de leurs lambeaux que Dieu n\u2019a pas perdus, Rassasi\u00e9s d\u2019un pain qui ne s\u2019\u00e9puise plus&nbsp;\u00bb, v.69-71).<\/p>\n<p>Se multiplient alors les images de l\u2019insaisissable, de ce qui \u00e9chappe \u00e0 la captivit\u00e9&nbsp;: plume, air, ciel, liquidit\u00e9 surtout, et les eaux peuvent \u00eatre tout \u00e0 la fois un danger mortel ou une issue salvatrice, comme l\u2019est le doux ressac dans les imitations de Moore. Les eaux assurent un lien avec les autres, les humbles&nbsp;: \u00ab&nbsp;[\u2026] un flot m\u2019attire aux malheureux. \/ Je suis leur \u00e9cho triste o\u00f9 leur plainte m\u2019arrive&nbsp;\u00bb, postule la po\u00e8te dans une tr\u00e8s belle formule (\u00ab&nbsp;Lucretia Davidson&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;161). Les larmes sont une offrande po\u00e9tique faite \u00e0 quelque malheureux dans \u00ab&nbsp;La Crainte&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;115). Si la po\u00e8te est un oiseau en cage, les pleurs eux peuvent passer les barreaux et assurer une communion entre malheureux, une libert\u00e9 pr\u00e9caire. Desbordes-Valmore pr\u00e9f\u00e8re au roseau le fragile, les fleurs, parce que la faiblesse m\u00eame autorise une intransigeance, le bonheur est exp\u00e9riment\u00e9 d\u2019autant plus intens\u00e9ment que la vie est br\u00e8ve, et l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re constitue alors un gage d\u2019authenticit\u00e9, le refus du compromis.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2me doit courir<br \/>\nComme une eau limpide&nbsp;;<br \/>\nL\u2019\u00e2me doit courir,<br \/>\nAimer&nbsp;! et mourir.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;La Sinc\u00e8re&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;121, v.&nbsp;29-32<\/p>\n<h4>Chanter depuis le cachot<\/h4>\n<p>Il appara\u00eet finalement que si la po\u00e8te chante pour la libert\u00e9 des autres, la sienne est loin d\u2019\u00eatre garantie. Marceline Desbordes-Valmore s\u2019associe alors \u00e0 tous les po\u00e8tes priv\u00e9s de libert\u00e9 ou morts, Lucretia Davidson, Louise Lab\u00e9, Edmond G\u00e9raud, B\u00e9ranger surtout, figure embl\u00e9matique de l\u2019artiste prisonnier, dont la \u00ab&nbsp;plume br\u00fble&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;B\u00e9ranger&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;196, v.&nbsp;12)&nbsp;: cette m\u00e9tonymie de la plume pour la po\u00e9sie l\u2019associe \u00e0 la m\u00e9taphore aviaire de la libert\u00e9, du d\u00e9sir furieux, sauvage, de secourir le pauvre. Surtout, \u00e0 la mani\u00e8re du \u00ab&nbsp;rossignol aveugle&nbsp;\u00bb, incapable de cesser son chant, la po\u00e8te est confront\u00e9e \u00e0 un nouvel assujettissement dans l\u2019art, \u00e0 une mal\u00e9diction&nbsp;: prisonnier, le rossignol doit continuer de laisser filtrer l\u2019espoir. Cette astreinte po\u00e9tique appara\u00eet tr\u00e8s clairement aux vers 57-60&nbsp;:<\/p>\n<p>Chante la libert\u00e9, prisonnier&nbsp;! Dieu t\u2019\u00e9coute.<br \/>\nAllons&nbsp;! nous voici deux \u00e0 chanter devant lui.<br \/>\nJ\u2019ai su dire ma joie, et je sais aujourd\u2019hui<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce qu\u2019un son douloureux te co\u00fbte&nbsp;!<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le Rossignol aveugle&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;129, v.&nbsp;57-60<\/p>\n<p>La libert\u00e9 est douloureuse parce que malheureuse et devant \u00eatre dite, et l\u2019imp\u00e9ratif traduit cette injonction \u00e9crasante \u00e0 la parole. Desbordes-Valmore se peint d\u2019ailleurs en Christ souffrant dans \u00ab&nbsp;Pardon&nbsp;!&nbsp;\u00bb, et il y a une ambigu\u00eft\u00e9 dans cette po\u00e9sie qui est un refuge comme une mal\u00e9diction. D\u2019o\u00f9 cette demande \u00e9mouvante dans \u00ab&nbsp;R\u00e9veil&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Laisse-moi m\u2019isoler dans l\u2019oubli de mes peines&nbsp;; \/ D\u2019un esclave qui dort ne heurte pas les cha\u00eenes&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;97, v.&nbsp;27-28). L\u2019esclavage que constitue le ressassement po\u00e9tique du malheur est parfois pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 l\u2019inconnu.<\/p>\n<p>Une position quelque peu diff\u00e9rente se fait jour dans \u00ab&nbsp;Louise Lab\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: Lyon dans sa laideur est certes une prison au pav\u00e9 br\u00fblant, comme la po\u00e8te l\u2019a constat\u00e9 dans sa chair, mais l\u2019image qu\u2019en donnait sa cons\u0153ur trois si\u00e8cles plus t\u00f4t \u00e9tait toute diff\u00e9rente&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non, ce n\u2019est pas ainsi que je r\u00eavais ta cage, \/ Fauvette \u00e0 t\u00eate blonde, au chant libre et joyeux&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;154, v.&nbsp;24-25). Le r\u00e9el est une cage non pas dor\u00e9e mais sublim\u00e9e par la po\u00e9sie, et ce morceau lyrique de conclure&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui&nbsp;! l\u2019\u00e2me po\u00e9tique est une chambre obscure \/ O\u00f9 s\u2019enferme le monde et ses aspects divers&nbsp;\u00bb (v.&nbsp;99-100). La po\u00e9sie est une prison par laquelle transite le r\u00e9el pour lib\u00e9rer son essence po\u00e9tique, mais qui laisse la po\u00e8te prisonni\u00e8re, artiste maudite que Verlaine n\u2019oubliera pas de c\u00e9l\u00e9brer.<\/p>\n<h3>Conclusion<\/h3>\n<p>Les femmes, je le sais, ne doivent pas \u00e9crire&nbsp;;<br \/>\nJ\u2019\u00e9cris pourtant, [\u2026].<\/p>\n<p>(Une lettre de femme, <em>Po\u00e9sies in\u00e9dites<\/em>, 1860).<\/p>\n<p>Ces vers, extraits des <em>Po\u00e9sies in\u00e9dites<\/em>, en 1860, r\u00e9sument en d\u00e9finitive la posture po\u00e9tique de Marceline Desbordes-Valmore&nbsp;: comme femme, elle sait les contraintes auxquelles elles doit se soumettre, elle sait qu\u2019elle n\u2019a que l\u2019amour pour esp\u00e9rer donner un sens \u00e0 son existence mutil\u00e9e et, premi\u00e8re victime de cette soci\u00e9t\u00e9, elle ne souhaite pas autre chose que de demeurer dans cette cage, cet espace priv\u00e9, qui l\u2019asservit \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 l\u2019amant. Mais la servitude est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la solitude, et Desbordes-Valmore craint surtout de voir comme Hugo la \u00ab&nbsp;cage sans oiseaux<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Pourtant, en tant que femme encore, elle trouve d\u2019autres espaces de libert\u00e9, dans le souvenir, dans le fantasme de la mort. En tant que po\u00e8te surtout, elle lib\u00e8re son lecteur de ses tourments et entretient avec le peuple l\u2019espoir d\u2019un horizon \u00e9clairci, quitte \u00e0 demeurer seule au cachot. La po\u00e8te devient alors un Prom\u00e9th\u00e9e qui lib\u00e8re les hommes en se sacrifiant \u00e0 leur place, en se condamnant \u00e0 d\u00e9chirer son c\u0153ur, po\u00e8me apr\u00e8s po\u00e8me, jour apr\u00e8s jour. Mais l\u2019on peut se demander si cette prison dor\u00e9e, tiss\u00e9e ici et l\u00e0 de fils d\u2019or, n\u2019explose pas au seuil du recueil, et si avec la publication de celui-ci, ce n\u2019est pas la po\u00e8te tout enti\u00e8re qui retrouve la libert\u00e9, elle qui \u00e9crit que \u00ab&nbsp;l\u2019or du ciel fondait en fils \u00e9tincelants&nbsp;\u00bb dans les ultimes vers (\u00ab&nbsp;Le Convoi d\u2019un ange&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;235, v.&nbsp;72). La cage fond, le po\u00e8me est livr\u00e9, et le silence peut se faire pour la po\u00e8te, un instant lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h3>Notes<\/h3>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Montesquieu, <em>De l\u2019esprit des lois<\/em>, livre XI, chap. 3. Citation du dictionnaire Robert.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Jean-Michel Maulpoix, <em>Une histoire de l\u2019\u00e9l\u00e9gie<\/em>, Paris, Pocket, 2018, p.&nbsp;17<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Marceline Desbordes-Valmore, <em>Les Pleurs<\/em>, \u00e9d. Esther Pinon, Paris, Garnier Flammarion, 2019. \u00c9dition utilis\u00e9e d\u00e9sormais. R\u00e9f\u00e9rences entre parenth\u00e8ses dans le texte.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> \u00ab&nbsp;R\u00e9v\u00e9lation&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;42, v.&nbsp;77-84<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> \u00ab&nbsp;Quitter ta main qui br\u00fble, et ta voix toujours tendre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les Mots tristes&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;60, v.&nbsp;88.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> \u00ab&nbsp;[\u2026] et l\u2019heure \/ A je ne sais quel poids impossible \u00e0 porter&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Et ma t\u00eate se penche, et je souffre et je pleure.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;L\u2019Attente&nbsp;\u00bb, p.48, v.2 et 4).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Victor Hugo, \u00ab&nbsp;Lorsque l\u2019enfant para\u00eet\u2026&nbsp;\u00bb, <em>Les Feuilles d\u2019automne<\/em>, 1831&nbsp;; citation plac\u00e9e en \u00e9pigraphe de la section \u00ab&nbsp;Aux petits enfants&nbsp;\u00bb, p.&nbsp;213.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous donnons ci-dessous un texte publi\u00e9 dans le num\u00e9ro 5 de J&rsquo;\u00e9cris pourtant, Cahiers de la Soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9tudes Marceline Desbordes-Valmore, tir\u00e9 de la le\u00e7on donn\u00e9e par Vincent D\u00e9camps en 2023 \u00e0 l&rsquo;oral de l&rsquo;agr\u00e9gation des lettres modernes, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u premier, ainsi qu&rsquo;une introduction par Christine Plant\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":46,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[55,61],"tags":[],"class_list":["post-1883","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-etudes-et-debats","category-marceline-desbordes-valmore-poete"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v24.9 - 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